29 décembre 2005
Aux origines de la lèpre
Aux origines de la lèpre Par Morad Ouasti | |
| La fresque chronologique de la lèpre s’étend de l’antiquité à nos jours. Cette maladie très tôt mondialisée a provoqué un rejet social dans toutes les civilisations. Dans une dimension religieuse la lèpre était considérée comme le châtiment divin d’une corruption de l’âme. Aussi les nombreuses passions qu’a suscitées la lèpre dans les esprits et les imaginations méritent de revenir sur son récit historique. | |
« Sois mort au monde et revis en Dieu ». Tels étaient les paroles du prélat qui venait de jeter trois fois de suite de la terre sur la tête du lépreux dans sa fosse. La lèpre, symbole du châtiment divin pour qui a transgressé l’interdit, est au fil du temps et dans toutes les civilisations, une cause de discrimination sociétale. Appelée aussi maladie de Hansen, du nom du chercheur norvégien qui a mis en évidence la bactérie bacille Mycobacterium leprae responsable de la lèpre chez l’homme, la maladie est connue depuis l’antiquité par les civilisations égyptienne, chinoise et indienne.
Premières traces signalées en Asie
Déjà en 2000 avant Jésus Christ (J.C) la civilisation chinoise signale la maladie infectieuse. Elle l’interprète comme une punition des péchés de l’Homme. Entre 1800 et 1300 avant J.C les Vedas, les plus anciens livres sacrés en sanscrit de l’hindouisme, décrivent avec précision la maladie. Idem pour les écritures cunéiformes assyro-babyloniennes, antérieures au Ier millénaire avant J.C qui évoqueraient la lèpre, tout comme dans des papyrus de l’Egypte ancienne. Hérodote, historien grec du 5ème siècle avant notre ère, affirme que la lèpre sévissait en Perse il y a plus de 2500 ans sous le nom de « pisaga ». Les lépreux étaient mis au ban de la communauté et ne pouvaient communiquer avec les autres Perses. Quant aux lépreux étrangers ils étaient tout bonnement chassés du pays.
Au premier siècle de l’ère chrétienne la maladie infectieuse se propage en Grèce et en Italie. Et de manière plus accentuée au 3ème et 4ème siècle par le truchement de contacts et de brassages humains entre ces pays méditerranéens et le Moyen-Orient. La contagion à partir de l’Italie s’est opérée vers le nord par la conquête des Gaules. Galien, médecin de l’Antiquité, 131 ap. J.C, affirme que la lèpre aurait quitté les foyers méditerranéens vers 180 post-J.C pour s’installer en Espagne, en France et en Germanie.
L’Afrique berceau de la lèpre
L’Egypte aurait joué un rôle majeur dans cette progression vers l’Europe. Car dans l’antiquité le pays des pharaons était pour les pays euro-méditerranéens et l’Afrique subsaharienne le carrefour commercial esclavagiste. Il était par ailleurs une zone d’affrontements entre l’Europe et l’Asie. Les plus importants foyers de lèpre sont situés en Afrique. Willy Hansen et Jean Freney, dans leur livre Des bactéries et des hommes, expliquent que « les foyers de la lèpre les plus denses étant en Afrique, l’hypothèse a effectivement été émise que le berceau de la maladie se trouverait en Afrique et plus précisément au Soudan et en Ethiopie ».
Au Moyen âge la lèpre s’est répandue de façon notoire en Occident. Les expéditions de Charlemagne, l’invasion barbare, les guerres, l’interaction des peuples et des commerces, les pèlerinages vers l’Espagne sont à l’origine de la diffusion de la maladie. Le retour des croisés entre 1095 et 1270 a également largement contribué à l’européanisation de la lèpre.
Condamnation biblique
La lèpre trouve une partie de sa stigmatisation sociale dans la Bible (chapitre 13 du Lévitique [*]). Ce mot, traduit de l’hébreu "Zaraath" désigne une impureté au sens large du terme. Chapitre 13 du Lévitique verset 40 à 46 : « Si un homme perd les cheveux de son crâne, c’est la calvitie du crâne, il est pur. Si c’est sur le devant de la tête qu’il perd ses cheveux, c’est une calvitie du front, il est pur. Mais s’il y a au crâne ou au front un mal blanc-rougeâtre, c’est qu’une lèpre prolifère sur le crâne ou le front de cet homme. Le prêtre l’examinera et, s’il constate au crâne ou au front une tumeur blanc-rougeâtre, de même aspect que la lèpre de la peau, c’est que l’homme est lépreux ; il est impur. Le prêtre devra le déclarer impur, il est atteint de lèpre à la tête. Le lépreux atteint de ce mal portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués ; il se couvrira la moustache et il criera : ‘ Impur ! Impur ! ‘ Tant que durera son mal, il sera impur et, étant impur, il demeurera à part : sa demeure sera hors du camp ». Le forclos vivra en paria car il est bannit de la société.
Les Cagots sont un exemple de cette pratique d’exclusion. Ils étaient une communauté ladre vivant en repli dans le Sud Ouest de la France. Le terme « cagot » trouve vraisemblablement ses origines dans le mot béarnais qui veut dire lépreux. Ce phénomène né vers l’an mille s’est estompé au 17ème siècle pour disparaître au 19ème. Alors dénoncé comme un racisme populaire, l’excommunication était à cette époque localement bien ancrée.
Les léproseries
L’empereur Constantin 1er le Grand aurait fondé les premières léproseries autour de Rome au 4ème siècle. Ces lieux composés d’une multitude de cabanes pour lépreux portaient aussi le nom de borde. Au Moyen âge, l’extension de la carte de la lèpre a entraîné une extension des léproseries. Elles étaient placées extra-muros dans des endroits difficiles d’accès près d’un cours d’eau, l’époque considérant les bains comme salutaires, et en aval de la Cité pour que l’air impur l’épargne. Un chanoine ou un prêtre dirigeait la léproserie. La toponymie témoigne de cette époque. Des hameaux, ruisseaux ou lieux-dits s’appellent encore aujourd’hui La Maladière.
En ce temps, seules les professions infamantes sont autorisées à être exercées par les lépreux, équarisseur, fossoyeur, cordier (si les cordes servent aux pendaisons) ou encore charpentier (les planches réalisées par un lépreux doivent servir à la fabrication du cercueil d’un condamné à mort). La comparaison avec les « intouchables » en Inde est pertinente. Les médecins n’auront accès aux léproseries qu’au 14ème siècle. A cette époque la pandémie s’étiole et d’autres maladies infectieuses apparaissent dans les ladreries.
La lèpre représentait la punition de la transgression de l’interdit sexuel. Des mesures ont donc été prises par différents rois de France pour limiter son extension, en particulier Pépin le Bref, son fils aîné Charlemagne et beaucoup plus tard Henri IV. Vœu de chasteté, interdiction du mariage et encadrement par la suite des lépreux.
Le recul de l’endémie au 14ème et sa disparition au 17ème siècle vide les léproseries des vrais lépreux. Les faux lépreux établissent, ici, leur repère de vices et d’orgies. Le mot borde progressivement devient « bordel ». François 1er puis Henri IV prennent des mesures pour juguler les déviances. Beaucoup de ladreries ferment au cours des 15ème et 16ème siècle. A partir de 1789 les quelques lépreux subsistant en France sont accueillis dans les hôpitaux. Bien qu’elle ait disparu des pays du Nord la lèpre persiste encore aujourd’hui notoirement en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Chaque année 700 000 nouveaux cas sont enregistrés dans le monde.
Prévalence et détection en 2004 (pays ayant communiqué leurs chiffres), selon le site Internet de la fondation Raoul Follereau
| Régions OMS | Cas enregistrés (au début de 2005) | Cas détectés |
| Afrique | 47 596 | 46 918 |
| Amériques | 36 877 | 52 662 |
| Est Méditerrannée | 5 398 | 3 392 |
| Asie du Sud-Est | 186 182 | 298 603 |
| Pacifique Ouest | 10 010 | 6 216 |
| Total | 286 063 | 407 791 |
[*] Le pentateuque est l’ensemble des cinq premiers livres de la Bible : le Livre de la Genèse, le Livre de l’Exode, le Livre du Lévitique, le Livre des Nombres et le Livre du Deutéronome
numéro vert au Maroc
| Maroc : le premier numéro vert dédié aux femmes battues 0 8000 8888 : un numéro gratuit pour briser la loi du silence mercredi 28 décembre 2005 | |
| Le Maroc a lancé, le 23 décembre dernier, le premier numéro vert dédié aux femmes battues du pays. Le 0 8000 8888 est l’une des dispositions de la stratégie nationale de la lutte contre la violence à l’égard des femmes. | |
Par Morad Ouasti
Haro sur les violences conjugales au Maroc. Le numéro vert 0 8000 8888, premier consacré aux femmes battues chérifiennes, a été inauguré vendredi dernier par le Premier ministre marocain, Driss Jettou. Fatima Maghnaoui, la directrice du centre d’accueil Annajda à Rabat se félicite de ce nouvel instrument de lutte. « Ce nouvel outil nous aidera dans le combat contre l’omerta », affirme-t-elle. Une loi du silence contre laquelle le gouvernement affiche toute sa détermination. La promotion de la mise en place de ce numéro s’est faite conjointement avec son lancement officiel. « Le message est passé sur les chaînes nationales de télévision RTM et 2M, sur les radios nationales et a été largement diffusé grâce au bouche à oreille, qui représente un mode de communication efficace », explique Mme Maghnaoui. « Depuis le numéro vert, qui est un service unique dans le monde arabe, a fait l’objet d’un reportage télévisé et continue d’attirer l’attention de beaucoup de médias marocains ou étrangers », précise-t-elle.
Déjà près de 500 appels
Six opératrices formées à l’écoute psychologique et aux spécificités des violences familiales se relaient, de 8h30 du matin à minuit, dans les locaux du numéro vert à Rabat. « Le numéro gratuit est totalement financé par le gouvernement marocain, il s’adresse aux femmes et aux filles violentées », explique Mme Maghnaoui. Le numéro est opérationnel à l’échelle nationale. « Le téléphone, facilement accessible aux analphabètes - contrairement à Internet par exemple - et répandu dans tout le Maroc, permettra d’orienter les femmes désorientées vers les organes judiciaires et administratifs compétents », souligne-t-elle.
Fatima Maghnaoui comptait, mardi soir, dans le centre d’accueil Annajda à Rabat, trois femmes qui avaient préalablement composé le 0 8000 8888. « Des femmes appellent, mais aussi des hommes, pour leur sœur », révèle Hanane Nadir, chef de service aux affaires féminines du secrétariat d’Etat chargée de la famille. Les appels durent en moyenne 10 à 15 minutes. « Cette première semaine est une semaine pilote, nous avons depuis la date d’ouverture de la ligne verte jusqu’à ce mercredi matin comptabilisé 230 appels téléphoniques sérieux, mais nous avons aussi reçu 217 appels de plaisantin. C’est un satisfecit, car c’est plus que ce que nous imaginions », poursuit-elle. Hanane Nadir et Fatima Maghnaoui espèrent très rapidement recruter de nouvelles opératrices pour pouvoir fonctionner 24H/24H et 7 jours sur 7. Seule contrainte, le Maroc étant un Etat multilinguistique (arabe, chleuh), les prochaines opératrices devront être en partie berbérophones.
21 décembre 2005
microtrottoir
| Les Maghrébins se sentent-ils africains ? Micro-trottoir à Paris mardi 20 décembre 2005 | |
| Les jeunes Français d’origine maghrébine se sentent-ils africains ? Revendiquent-ils une africanité ? Quelle est leur identité culturelle ? Micro-trottoir à Paris. | |
Par Morad Ouasti
L’Africanité compte-t-elle pour un « beur » ? Les jeunes Français issus de l’immigration maghrébine se sentent maghrébins pour une grande partie, ils appartiennent donc culturellement au continent africain. Seulement, dans l’esprit de certains, l’africanité n’est pas aussi évidente que chez un Français d’origine subsaharienne. Dans les rues de Paris, Sarah, Nadera, Khalid, Hassan, Dina, Salah, Zakaria et Nordine nous livrent la réponse à la question : « Vous sentez-vous africain ? »
Dina, 22 ans, sans emploi, d’origine marocaine
« Je suis assurément africaine »
"Oui, je suis africaine. C’est un axiome. Je me sens, sans équivoque, profondément africaine. Je suis d’origine marocaine berbère et très blanche de peau mais je pense sans l’ombre d’un doute appartenir au continent africain au même titre qu’une Sénégalaise ou qu’une Congolaise. Je suis berbère, c’est une particularité me permettant de ne pas me percevoir autant arabe qu’un Marocain non berbère. Il faut préciser que le Maghreb peuplé de Berbères a été parallèlement arabisé et islamisé. Mes ancêtres sont des autochtones africains. Il y a certes une différence exogène, celle de la couleur de peau et quelques traditions qui diffèrent, mais pour le reste nous sommes pareils."
Hassan, 29 ans, chef d’entreprise, d’origine marocaine
« Je me sens africain, mais du Nord »
"Oui, je me sens africain mais d’Afrique du Nord. Je suis maghrébin, mais de dire que je suis aussi africain ne me dérange aucunement car le Maghreb c’est aussi l’Afrique. Je suis d’origine marocaine, le Maroc est ethniquement composite. C’est un mélange d’Arabes de Berbères et de Noirs. Il est difficile de se sentir totalement africain... Je n’ai jamais été en Afrique noire et le seul rapport que j’ai avec cette Afrique, hormis le métissage du Maroc, c’est à travers la diaspora subsaharienne en France. Et elle est comme nous, tous sont pour la plupart de culture française ou ont une culture urbaine de banlieue. L’appréhension est donc faussée. Je me sens assez proche des Ouest-africains, en particulier des musulmans, pour des raisons de proximité géographique, anthropologique, familiale et culturelle. On partage les mêmes valeurs humaines. De plus, en tant que Maghrébin, contrairement à ce que beaucoup pourraient croire, je me trouve plus d’analogies dans la mentalité avec les Négro-africains qu’avec les Moyen-orientaux, pourtant ethniquement plus proches."
Zakaria, 24 ans, étudiant en sciences physiques, d’origine algérienne
« Etre africain, c’est intérioriser et véhiculer des valeurs humaines »
"Oui, je me sens africain. Africain d’Afrique du Nord... Il y a quand même des réalités qu’il ne faut pas négliger. Il existe des différences entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne qui est elle-même très hétéroclite. Au départ, nous sommes géographiquement limitrophes et la culture, ainsi que les valeurs intrinsèques maghrébines, sont identiques à celles des Subsahariens musulmans. La religion est un point commun très fort, elle transcende les différences ethniques, de couleur de peau, etc. Pourtant, il demeure des différences traditionnelles, les us et coutumes ne sont pas les mêmes partout."
Sarah, 22 ans, commerciale, d’origine tunisienne
« Quand j’entends le mot Afrique, je pense à l’Afrique noire »
"Non. Je ne me sens pas africaine à proprement parler, je me sens maghrébine. Il est vrai que, quand on se représente dans l’esprit la carte de l’Afrique, le Maghreb est en Afrique, mais on l’oublie souvent peut être à cause de la distance. Il y a le Sahara entre nous. Je me sens proche des Sénégalais et des Maliens parce qu’il y en a en France et qu’on a grandi ensemble dans les mêmes quartiers. Cependant, je ressens une appartenance plus forte au monde arabe, car en Tunisie, on consomme beaucoup de culture orientale comme la musique ou les feuilletons."
Nadera, 20 ans, étudiante en Economie-gestion, d’origine marocaine
« Quand je vais au Maroc je sens que je vais dans un pays arabe, mais je n’ai pas le sentiment de me rendre dans un pays africain. »
"Non. Je me sens marocaine et surtout berbère. Je n’ai rien contre les Africains d’Afrique noire mais je ne m’en sens pas particulièrement proche. Il est vrai qu’on fait partie du même continent. Je suis née en France, mon identité culturelle est fondée sur ce que mes parents m’ont appris, c’est-à-dire la culture arabo-berbero-islamique et la culture française. Quand je pars en vacance voir ma famille au Maroc, je sens que je vais dans un pays arabe, mais je n’ai pas le sentiment de me rendre dans un pays africain. Il y a des différences de traditions et de couleur de peau qui provoquent peut être une frontière psychologique. D’autant qu’à la télévision, les images liées à l’Afrique montrent toujours des populations noires ou des pays d’Afrique noire"
Khalid, 28 ans, conseiller financier, d’origine marocaine
« Je suis marié à une Malienne, j’aimerais m’installer au Sénégal »
"Oui, je me sens profondément africain. Ma femme est malienne, je vais régulièrement au Sénégal et au Mali. Je me trouve beaucoup d’affinités avec les Subsahariens, pour ainsi dire je pense qu’on vit de la même façon et que les mentalités, à quelques exceptions près, sont les mêmes. J’ai toujours été très attiré par l’Afrique noire, pourquoi, je ne sais pas, peut-être parce que j’ai cherché à la connaître. A part la pigmentation de la peau, je n’ai trouvé aucune différence. Je ne mange que des plats maliens, sénégalais, ivoiriens... Je suis toujours chez ma belle-famille malienne, je parle un peu et je continue d’apprendre le soninké. Je pense m’installer prochainement au Sénégal, j’y vais souvent et je suis sûr que je m’y sentirai très bien."
Salah, 27 ans, ingénieur télécommunication, d’origine algérienne
« Je me sens plus proche de la France que de l’Afrique noire »
"Non, je ne me sens pas du tout africain. Je trouve que ce sont deux mondes différents. Entre le Maghreb et l’Afrique noire il y a énormément de différences qu’elles soient culturelles, coutumières, de couleur de peau. A la limite, je me trouve des affinités avec les Africains noirs et musulmans, mais avec les autres pas du tout. C’est paradoxal, mon nom de famille, en berbère, veut dire « noir », pourtant je ne suis pas berbère et je suis blanc de peau ! Je me sens beaucoup plus proche de la France de par l’histoire coloniale algérienne et de la mentalité. J’ai grandi dans le même quartier que des Africains et certains sont mes amis, mais j’avoue ne pas connaître vraiment leur culture, peut être est-ce pour cette raison que je ne ressens pas d’africanité ?"
Nordine, 26 ans, étudiant en Finance, d’origine marocaine
« Il y a deux Afriques »
"Je me sens Nord-africain précisément. Il y a des différences caractéristiques notoires entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Qu’elles soient socio-économiques ou culturelles. Il est vrai que les Maghrébins et les Negro-africains musulmans sont proches, toutefois les caractéristiques des deux Afriques sont multiples. Nous n’avons pas au Maghreb les mêmes problèmes de sida, de conflits inter-ethniques, nous n’avons pas tout à fait la même histoire si ce n’est l’époque coloniale, ethniquement nous sommes différents. Nous faisons partie du même continent, mais il y a une étendue de différences entre nous et eux symbolisée par une barrière naturelle, le désert du Sahara."
08 décembre 2005
| Le patrimoine culturel africain face à la déferlante Google Entretien avec Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France jeudi 8 décembre 2005 | |
| En quelques années, l’entreprise américaine Google s’est imposée sur le Net. Elle projette, dans un futur proche, de procéder à la numérisation de 15 millions de livres appartenant au patrimoine culturel mondial. Quelles seront les conséquences de cette initiative américaine pour l’Afrique ? L’avis de Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France. | |
Par Morad Ouasti
Google, le géant américain de la Toile, souhaite numériser 15 millions de livres du patrimoine culturel mondial disponibles dans des bibliothèques en majorité américaines. Dans un récent ouvrage, Quand Google défie l’Europe, Jean-Noël Jeanneney, le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), met en garde sur le risque d’un monopole culturel américain. Si les pays européens, l’Inde ou encore la Chine peuvent faire face à cette menace, le continent africain est plus démuni. Dans cet entretien, l’historien, patron d’un des lieux phare de la culture française, revient sur les conséquences d’une telle entreprise pour l’Afrique.
Afrik : Quelles sont les conséquences pour l’Afrique du projet de Google ?
Jean-Noël Jeanneney : Il y a deux conséquences et la première est positive. Le projet de Google, tout comme Gallica, celui de la Bibliothèque nationale de France qui a déjà permis la numérisation de 80 000 livres numérisés, est un moyen de réduire la fracture numérique. Entre ceux ont un accès aisé aux bibliothèques et les autres qui y accèdent plus difficilement. C’est le cas entre le Nord et le Sud. Dans les années 70, Sean Mac Bride, alors président d’une commission internationale d’étude des problèmes de la communication à l’Unesco (l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), avait déjà réfléchi à cette problématique, mais en termes d’accès à l’information. Aujourd’hui, il s’agit de la culture dans son acception la plus large. Le passage par Internet permettra de diminuer cette inégalité d’accès à la culture grâce aux livres. Mais qu’en sera-t-il de l’organisation de l’offre ? C’est là le problème. Quels livres seront numérisés ? Comment s’effectuera leur classification ? C’est à cause de toutes ces interrogations que j’ai lancé un appel. Car Google risque de rechercher un quasi - monopole dans ce domaine. Le choix des livres, appartenant à des bibliothèques américaines pour l’essentiel, leur organisation et leur offre présentent deux caractéristiques fondamentales. D’une part, c’est une vision anglo-saxone, même si elle se prétend universelle. Et d’autre part, c’est une entreprise commerciale qui sera fortement influencée par la publicité.
Afrik : C’est pour cela que vous avez publié Quand Google défie l’Europe...
Jean-Noël Jeanneney : Il m’est apparu qu’il fallait que les autres continents et d’abord l’Europe, parce que je suis Européen, proposent une numérisation massive et organisée de manière différente. Nous n’avons pas attendu Google pour cela. Gallica le prouve même si les livres concernés sont loin du million, l’objectif à atteindre dans quelques années. Ce que j’ai proposé, et qui a touché les esprits et les cœurs, c’est une bibliothèque européenne avec des choix européens et un algorithme européen. Dans l’intérêt, naturellement, de l’Europe. Car il y a une vision européenne. L’Europe a déjà exprimé sa spécificité dans plusieurs domaines : l’écologie, la peine de mort, l’équilibre entre l’état et le marché... Mais c’est aussi dans l’intérêt des autres continents qui auront la possibilité d’accéder à différentes sources, gage de liberté. Notamment l’Afrique, avant qu’elle ne soit en mesure de numériser sa littérature.
Afrik : Avez-vous été sollicité par des pays africains ?
Jean-Noël Jeanneney : Oui, l’Egypte en l’occurrence. Pour ce qui est de la partie arabe de l’Afrique, la bibliothèque d’Alexandrie a marqué un vif intérêt pour mon livre qui a déjà été traduit en arabe. Cela montre qu’elle a envie que les livres de la civilisation arabe, plus largement l’Islam, soient représentés en bonne place sur la Toile. A l’instar de la Chine et de l’Inde. Il est important que les grandes civilisations de la planète puissent proposer leur propre regard sur leur héritage. Il y a une grande marque d’intérêt pour mon projet de la part d’anciennes colonies françaises comme l’Algérie et le Maroc qui sont effectivement limités dans leurs moyens. Leur souci est avant tout de constituer des bibliothèques matérielles qui fonctionnent et qui soient entretenues. Ils suivent de très près les événements liés à la numérisation et je souhaite les tenir au courant.
Afrik : Peut-on parler des conséquences de l’initiative de Google sans faire la différence entre l’Afrique francophone et anglophone ?
Jean-Noël Jeanneney : L’Union européenne doit numériser pour éviter que l’anglais, peu à peu, ne vienne chasser les autres langues quand on sort du cercle familial ou national. L’Afrique est riche de la diversité des langues importées et de ses propres langues. L’Afrique francophone, si elle le souhaite, peut travailler avec la France : nous sommes des amis. Des liens technologiques permettront une interopérabilité, une homogénéité des critères de choix des livres et de la présentation des documents numérisés. Il sera indispensable d’en parler avec les Africains le jour où ils pourront le faire. Un jour ou l’autre, ils auront à affronter ce défi comme nous l’affrontons aujourd’hui. Cependant, l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone doivent travailler ensemble pour proposer une vision africaine du monde.
Afrik : Quelles sont les garanties pour que le projet de numérisation européen soit moins impérialiste que le projet américain ?
Jean-Noël Jeanneney : Je considère que l’héritage des Lumières est un bien universel. Je pense que l’Afrique a tout intérêt à ce que plusieurs sources existent, en attendant (je n’y verrais évidemment que des avantages) que le continent ait son propre regard. L’Union africaine pourrait contribuer à son émergence.
Afrik : La culture n’est-elle pas un moyen pour les Américains de réaliser à terme le rêve de Francis Fukuyama ?
Jean-Noël Jeanneney :Peut-être. Mais je pense que la thèse de Francis Fukuyama, qui promet l’avènement d’une démocratie libérale de type américain qui s’étendrait forcément à toute la planète, dans laquelle tout le monde serait heureux, sans guerre ni affrontement, est absurde. Le monde est riche de sa diversité culturelle et celle-ci n’engendrera pas, en soi, de choc des civilisations. Elle n’implique pas la guerre, mais au contraire la compréhension et l’écoute. Il est plus sûr et sage d’avoir différents pôles d’influence culturelle qu’un seul qui serait américain.
Afrik : On parle de projet européen mais les Anglais sont-ils sur la même ligne de conduite que les Français ?
Jean-Noël Jeanneney : Ils désirent faire partie de la bibliothèque européenne, surtout si ça marche. Mais en même temps, ils viennent de conclure un accord avec Microsoft, grand rival de Google, pour numériser une centaine de milliers d’ouvrages. Au total, la position anglaise est encore floue.
Afrik : Y- a t-il un projet de mobilisation à l’échelle continentale en Afrique ?
Jean-Noël Jeanneney : Non. Il n’y en a pas encore mais je pense que si on lance une bibliothèque européenne, ça va aller assez vite. Une prise de conscience naîtra sur le continent africain. J’espère par ailleurs, qu’avec l’aide technologique et matérielle d’autres continents, on arrivera à dégager les moyens nécessaires pour concrétiser un tel projet, en dépit des difficultés que rencontrent ces pays.
05 décembre 2005
Sommet Afrique-france
| Mali : fin du 23ème Sommet Afrique-France Jacques Chirac donne les voies du changement pour le Continent lundi 5 décembre 2005 | |
| Le 23ème sommet Afrique-France s’est tenu les 3 et 4 décembre 2005 à Bamako (Mali). Placé sous le signe de « la jeunesse africaine », il a rassemblé les représentants des 53 pays africains. Ce sommet a abordé les questions de l’émigration, du Darfour (Soudan), de la crise ivoirienne et de la place de l’Afrique dans le commerce mondial. La jeunesse africaine, mise à l’honneur, a interpellé les politiques présents ce jour là. | |
Mourad Ouasti
« Le rôle positif de Chirac en Afrique ». Jacques Chirac, le Président français, s’est envolé pour la capitale malienne avec, dans sa hotte, plein de cadeaux pour le continent africain. Lors du 23ème Sommet Afrique-France, qui s’est tenu les 3 et 4 décembre dans la grande salle du Centre international de conférences de Bamako, il a notamment proposé des mesures pour juguler l’immigration et appelé les pays riches a plus de solidarité.
Cinquante-trois pays africains ont participé au Sommet, ouvert sous le thème de la « jeunesse africaine ». La rencontre a mis à l’honneur la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, première femme chef d’Etat africain. Dimanche, une entrée a été remarquée : celle du Président en fonction de l’Union africaine (UA) et du Nigeria, Olusegun Obasanjo, à la tête d’une troïka composée du Président sud-africain Thabo Mbeki, également médiateur de l’UA, et du Président nigérien Mamadou Tandja, actuellement président de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Laurent Gbagbo, le Président ivoirien, s’est fait représenter par son ministre de l’Intégration, Théodore Mel Eg.
La lutte contre la pauvreté et visas pour l’intelligentsia
Jacques Chirac a insisté sur la lutte contre la pauvreté, selon lui cause de l’émigration, en donnant à la jeunesse africaine ce qu’il lui revient de droit pour qu’elle puisse rester chez elle. C’est-à-dire l’éducation, la formation, l’emploi et la santé. Concernant les objectifs de l’aide publique au développement, le Président français a indiqué : « Pour les atteindre, il faudrait au moins doubler l’aide publique mondiale et la porter à 150 milliards (de dollars) par an ». « La France, imitée pour l’heure par un faible nombre de pays, instituera en juillet 2006 une taxe de solidarité sur les billets d’avion, qui rapportera chaque année plus de 200 millions d’euros. J’invite tous les pays intéressés à venir à Paris en février pour une conférence consacrée à cette question, de façon à rendre le mouvement irréversible », a-t-il ajouté.
Selon le chef de l’Etat malien, Amadou Toumani Touré, le nombre de migrants, actuellement de 16,3 millions, risque de tripler très rapidement. Toutefois, Jacques Chirac a annoncé la délivrance de visas longue durée et à entrées multiples à l’intelligentsia africaine. « Entrepreneurs, cadres, chercheurs, professeurs, artistes : leurs activités sont, par nature, liées à l’échange. J’ai décidé de faciliter pour eux la délivrance de visas de longue durée à entrées multiples, c’est indispensable à leurs activités », a-t-il justifié.
Le défenseur des intérêts agricoles français estime que l’Afrique doit occuper sa « juste place » dans le commerce international, particulièrement dans le secteur agricole. Il interpelle les pays industrialisés : « Les paysans africains doivent recevoir la juste rémunération de leur travail. Nous ne pouvons accepter qu’une libéralisation hâtive et généralisée des échanges agricoles ruine les efforts des pays les moins avancés ». A quelques jours de la réunion interministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Hong Kong, Jacques Chirac s’est positionné en avocat inlassable de l’Afrique. Il a lancé de Bamako un appel solennel aux Etats-Unis pour qu’à l’instar de l’Union européenne ils entreprennent de supprimer les subventions de coton.
La crise ivoirienne au cœur des discussions
Le 23ème sommet a également été l’occasion de se pencher sur le conflit au Darfour (Soudan) et la crise ivoirienne. Jacques Chirac a fait part de sa volonté de trouver une issue à la situation tumultueuse que vit la Côte d’Ivoire. Il espère le désarmement et la mise en place d’élections présidentielles sous contrôle de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de l’UA. Le Président malien, craignant une extension du conflit régionale, a souligné : « Il nous faut la paix en Côte d’Ivoire parce que nous, nous étouffons ». La fin du Sommet a vu la désignation tant attendue d’un Premier ministre ivoirien : Charles Konan Banny, gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
La délivrance d’un Sommet peu original est venue d’une Camerounaise de 31 ans, née en France, Marie Nkom Tamoifo. Celle-ci a clairement lancé un ultimatum aux dirigeants Africains et à leur hôte. La semonce parle d’elle même : « Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, alors le vent du changement, dans un contexte démocratique, va conduire la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens ».
01 décembre 2005
Soninkara.com
| Soninkara.com ouvre les portes de la civilisation soninké Une mine d’informations sur cette communauté ouest-africaine jeudi 1er décembre 2005 | |
| Soninkara.com est le portail culturel par excellence des Soninkés. Ce site, qui raconte le peuple et l’histoire soninkés, fait la promotion de la langue et de la riche culture de cette grande ethnie d’Afrique de l’Ouest. Un site très attachant, même si le fond est plus soigné que la forme. | |
Par Mourad Ouasti
Soninkara.com propose aux passionnés de découverte, d’authenticité et de valeurs immuables une visite guidée au cœur de la civilisation ouest-africaine soninké. Histoire, société, langue, cuisine, art et tradition... Tous les us et coutumes de cette civilisation sont présentés. Une main de l’amitié entre les peuples vous est tendue, attrapez-là !
Pour la promotion de la culture
Les initiateurs de ce site ont constitué une base de données pour promouvoir via Internet la culture soninké à travers le monde. Les non-initiés, francophones ou anglophones, peuvent s’offrir gratuitement des cours de langue et sont invités à partager leurs idées sur un forum, pas toujours bien agencé. Les débats tournent généralement autour la société soninké d’Afrique et d’ailleurs.
La page d’accueil, un brin austère, découvre de nombreuses rubriques très nourries. Le volet Histoire-Géographie, mis en lumière par une carte des Soninkés en Afrique, rend compte du rayonnement culturel d’une civilisation ancestrale et prépondérante en Afrique de l’Ouest. Beaucoup d’informations de qualité, mises en évidence par de très belles photos, témoignent de l’engouement des initiateurs du site. Les sujets, quand ils sont traités, le sont sérieusement. Cependant, il est dommage que de nombreuses pages, à l’instar celle dédiée à la littérature, soit « en construction » depuis trop longtemps.
Un peu précaire
Si le fond du site est irréprochable, un effort en matière de présentation aurait été le bienvenu. Le côté village, retour aux sources est bien ressenti, peut être un peu trop... Le choix des couleurs auraient pu être plus judicieux : un compromis entre le orange et le marron, une sorte de mauve pâle, du noir sur du gris foncé créent une ambiance monotone. Le site a la fièvre et à l’air de souffrir en silence, si bien qu’il n’arrive pas à dégager le réel dynamisme de la société soninké. Pour couronner le tout, les polices d’écriture désaccordées rendent la navigation sur le site désagréable.
La culture, source de développement socio-économique, n’est pas du tout mise en valeur. La précarité de la structure du site masque complètement le trésor didactique sur lequel seul les passionnés d’Afrique osent fureter. Ainsi, les non initiés, lassés de la présentation quelque peu négligée, ne cliqueront que sur les deux, trois premiers onglets... Dommage, car les contes et poèmes, musiques et traditions, sculptures et tissages et bien d’autres rubriques encore, demeureront tels des perles dans leurs coquilles bien cachées. En bref, Soninkara.com est un géant aux pieds d’argile. La Communauté soninké mérite d’être mise en valeur, sur soninkara.com, de manière plus élogieuse. Car c’est à travers ce site que l’image des Soninkés est représentée sur Internet de par le monde.
loi sur l'immigration
| Immigration : Dominique de Villepin sort l’artillerie lourde Cinq mesures énergiques pour freiner l’immigration en France mercredi 30 novembre 2005 | |
| Le Premier ministre français Dominique de Villepin a présenté, mardi, son programme pour maîtriser l’immigration en France. Au menu, le regroupement familial, les mariages de complaisance, le statut des demandeurs d’asile et la sélection des étudiants étrangers. L’autre homme fort du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, compte pour sa part expulser 25 000 clandestins en 2006. | |
Par Mourad Ouasti
C’est seul que Dominique de Villepin, le Premier ministre français, a annoncé ses mesures pour contrôler l’immigration, mardi matin. Elles résultent des conclusions du Comité interministériel du contrôle de l’immigration (Cici) auquel ont participé dix membres du gouvernement, dont Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur. Au menu le regroupement familial, les mariages binationaux, l’accueil d’étudiants étrangers et le statut des demandeurs d’asile. Cette batterie de mesures, pour le moins drastiques, marque un tournant dans la politique française en matière d’immigration.
Maîtriser le français pour vivre en France
Le regroupement familial deviendra désormais plus ardu. Le délai de séjour impératif pour qu’un étranger puisse demander le regroupement familial passe d’un à deux ans. Dominique de Villepin a précisé que la maîtrise du français serait exigée pour faire venir sa famille et mis en exergue le respect de la loi, quant à l’interdiction de la polygamie en France. Toujours sur le plan matrimonial, les mariages binationaux seront désormais plus encadrés. Le gouvernement espère décourager les candidats au mariage de complaisance, premier mode d’immigration légal, en remaniant le code civil.
Le conjoint étranger d’un français devra attendre quatre ans, au lieu de deux actuellement, pour devenir français si le couple réside en France. S’ils vivent à l’étranger, la durée d’attente passe de trois à cinq ans. Un mariage à l’étranger sera précédé d’une audition chez le Consul de France qui pourra émettre des réserves auprès du procureur de la République à Nantes (France) qui a compétence pour s’opposer à cette union. En cas de refus de la part des autorités françaises, seule une décision judiciaire pourra homologuer l’alliance.
25 000 clandestins seront expulsés d’ici 2006
L’accueil d’étudiants étrangers sera lui aussi désormais très sélectif. L’étudiant étranger qui souhaite venir faire des études en France devra préalablement passer l’épreuve du Centre pour les études en France (CEF). Ce centre, déjà présent dans plusieurs pays, dépend du service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France. Il évalue le niveau de français, fait passer des tests et des examens de langue française et étudie les projets estudiantins. Le visa aura la valeur de titre de séjour. Au terme de leurs études, seuls ceux qui sont titulaires, au minimum, d’un mastère auront le droit, dans un intervalle de 6 mois, de chercher un emploi. Ceux qui en décrocheront un en liaison avec leur formation universitaire obtiendront un titre de séjour.
Enfin le statut des demandeurs d’asile est revisité. Les préfectures auront quinze jours pour traiter les demandes d’admissions provisoires des demandeurs d’asile. Le gouvernement français trouve ainsi le moyen de réduire le délai d’appel devant la commission de recours des réfugiés. D’un mois, il passera à quinze jours. Selon le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, ce sont chaque année entre 80 000 et 100 000 étrangers qui s’installent en France. Il considère que cet afflux d’immigrants est un facteur de déstabilisation de la société française. Par ailleurs, il estime que les avantages sociaux offerts aux clandestins renforcent l’attractivité de la France comme terre d’immigration. Il entend d’ailleurs reconduire à la frontière 25 000 clandestins en 2006. Néanmoins, unne interrogation demeure. Qui de Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin sera le pilote de ce nouveau dispositif ? L’immigration semble donc se profiler comme le nouveau terrain de jeu des deux rivaux politiques français.
30 novembre 2005
Les Jeux de la francophonie au Niger
| Niger : les 5èmes Jeux de la francophonie sous le signe de la solidarité Pas question d’oublier la crise alimentaire qui frappe le pays mardi 29 novembre 2005 | |
| Les cinquièmes Jeux de la francophonie se tiendront à Niamey, capitale du Niger, du 7 au 17 décembre. Ces Jeux sont organisés dans un esprit de solidarité avec le Niger, touché par une crise alimentaire aiguë. Environ 2 000 athlètes participeront à cette manifestation sportive et culturelle. Certains iront à la rencontre des enfants nigériens. | |
Par Mourad Ouasti
Le Niger hôte des cinquièmes Jeux de la francophonie. Quelque 2 000 athlètes sont attendus dans le pays ouest-africain pour participer à l’événement, qui se tiendra du 7 au 17 décembre, dans un contexte on ne peut plus particulier. Le pays subit en effet une crise alimentaire majeure. « Nous nous sommes évidemment posé la question : faut-il annuler les Jeux en raison de la grave crise alimentaire qui sévit au Niger ? Nous avons pesé le pour et le contre et avons décidé de maintenir les Jeux au Niger », a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, l’ex-Président sénégalais, Abdou Diouf, lors d’une conférence de presse, mardi, au siège de l’Organisation. Abdou Diouf explique que les Jeux se dérouleront sous le signe de la rigueur, de la sobriété, de l’économie... et de la solidarité. Ils auront une allure de vaste opération humanitaire, tant les déclarations et les mobilisations appellent à la conscientisation de la communauté et de l’opinion public internationales sur le danger humanitaire encouru par le Niger.
La France limite ses moyens pour privilégier l’humanitaire
Pour Jean-François Lamour, ministre français de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative, « les Jeux, qui effectuent un retour au Sud, auront une signification différente car ils prendront place dans un pays en pleine difficulté ». Le ministre a notamment annoncé que les Français limiteront leurs moyens au profit d’actions humanitaires. Il n’y aura par exemple pas de club France, lieu de détente des sportifs présent d’ordinaire dans toutes les compétitions. Des mesures qui, selon Jean François Lamour, accroissent les marges de manœuvre pour porter assistance à la population nigérienne.
Brigitte Girardin, ministre française déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie, fait part de l’investissement de vingt millions d’euros dans l’installation de structures indispensables à la réalisation des Jeux, soulignant que « le Niger a besoin de ces Jeux pour son développement ». L’objectif de la manifestation est donc aussi de laisser un héritage au Niger. Certains sportifs auront deux casquettes. A l’image du perchiste Jean Galfione, six fois champion de France et recordman olympique en 1996 (saut à un 5,92m), qui participera à la compétition malgré l’annonce de sa retraite internationale. Le champion du monde en salle à 6m, en 1999, a justifié sa décision par la fierté de porter les couleurs de l’équipe de France et par la dimension humanitaire des Jeux.
Fidèles à la coutume, les Jeux 2005 seront cadencés par trois cérémonies officielles. Le 7 décembre à 15h au Stade Général Seyni Kountché, la cérémonie d’ouverture sonnera le coup d’envoi des rencontres sportives et culturelles. Les milliers de visiteurs attendus assisteront au défilé des 44 délégations, puis au spectacle dont la composition est tenue secrète... Après les dix jours de compétition, les artistes médaillés seront à l’honneur lors du gala des lauréats au Palais des Congrès, vendredi 16 décembre à 18h. Enfin, une fantasia marquera la fin de l’événement samedi 17 décembre à 18h à l’Hippodrome de Niamey.
29 novembre 2005
Le gazole vert
| Madagascar carbure au vert La Grande île va produire du gazole à base de Jatropha mardi 29 novembre 2005 | |
| Madagascar se lance dans la production de gazole vert à partir du jatropha, une plante originaire d’Amérique du Sud qui a l’avantage de rejeter de la vapeur d’eau et non du gaz carbonique. La Grande Ile espère rapidement produire 5% de la consommation nationale en carburant et, à plus long terme, exporter sa technologie. | |
Par Mourad Ouasti
Madagasacar se met au vert. Les paysans malgaches se lancent dans la production de gazole vert à partir du jatropha, une plante originaire d’Amérique du Sud. La société D1 Oils est à l’origine de cette initiative et espère répondre à 5% des besoins de la Grande Ile à l’horizon 2008. Chaque année, les propriétaires de moteurs diesels consomment 200 millions de litres de gazole. L’avantage principal de cette technologie écologique est qu’elle permet l’émission de vapeur d’eau et non de gaz carbonique.
Compatible avec les moteurs diesels
Contrairement au diesel traditionnel, la plante de jatropha s’adapte parfaitement aux conditions climatiques du pays. D’un point de vu économique, la vente de son huile constitue un revenu supplémentaire estimé à un million d’ariary (472 dollars) par paysan et par an (60% des Malgaches vivent avec moins d’un dollars par jour). « En plus de ces vertus énergétiques, le jatropha est apte à remplacer le charbon, à être utilisé comme un engrais ou à servir à la confection de bougies et de savon », assure Sally Ross, directrice de la société D1 Oils Madagascar.
Etablie à Londres, l’entreprise s’est intéressée de près à l’île de Madagascar et à sa flore pleine de ressources. Remplacer le diesel par du gazole vert bio peut s’avérer d’autant plus aisé que la technologie verte peut être utilisée à 100% par les moteurs diesels et que le prix du litre de gazole Jatropha devrait être équivalent à celui du gazole ordinaire. Les plantations vont commencer début décembre dans trois régions de Madagascar sur une superficie totale de 1 631 hectares avec 1 500 paysans participant au projet. « D1 Oils remet des jeunes plants aux agriculteurs, qui récoltent les graines, les broient et extraient l’huile que nous achetons pour la raffiner et la transformer en carburant vert », poursuit Sally Ross.
Quatre raffineries en cinq ans
D1 Oils a pour objectif d’ouvrir quatre raffineries dans les 5 ans, l’huile brute pouvant polluer les moteurs diesel. Les obstacles que Sally Ross craint de rencontrer concernent l’utilisation du carburant vert sans qu’il n’ait été raffiné et les destructions de culture de Jatropha par les feux de forêt, essentiellement causés par l’habitude qu’ont les paysans de brûler les mauvaises herbes. « Notre projet va marcher ! A ce jour, il n’y a pas de concurrent et les entreprises pétrolières n’ont manifesté aucun mécontentement à l’égard de notre action », soutient la directrice de D1 Oils Madagascar.
« Le jatropha, plante robuste qui requiert peu d’entretien, s’adapte parfaitement au territoire parfois hostile de Madagascar ainsi qu’aux sols pauvres. Elle convient par ailleurs parfaitement au reboisement que nécessite la Grande Ile », explique Sally Ross. Rouge écarlate pour les mâles, vert pour les femelles, le Jatropha podagrica est armé d’un feuillage coriace vert foncé et d’une tige bombée à la base, avec de rares branches terminales en « touffe ». En floraison toute l’année, sa croissance est lente et sa hauteur peut atteindre 1m50 dans son milieu d’origine. Elle peut vivre à la lumière vive ou sous un soleil tamisé jusqu’à une température minimale de 10°C. Cette catégorie de plante compte environ 160 espèces, d’arbres, arbustes ou de plantes médicinales.
Conseil représentative des associations noires
| Création du Conseil représentatif des associations noires Les associations noires se fédèrent pour lutter contre « les discriminations ethno-raciales » lundi 28 novembre 2005 | |
| Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a été inauguré, samedi, à l’Assemblée nationale. Plus d’une soixantaine d’associations sont fédérées sous la présidence du conseiller national de l’Union pour la démocratie française Patrick Lozès pour lutter contre « les discriminations ethno-raciales ». | |
Par Mourad Ouasti
Aux couleurs de la France. L’inauguration du Conseil représentatif des associations noires (Cran), samedi à l’Assemblée nationale de France, se voulait un moment de solidarité. Le Cran, qui unit diverses horizons politiques, a pour but d’œuvrer pour que les Noirs marginalisés participent à la cohésion sociale. « Il y en a assez que cette situation de marginalisation ne soit évoquée que quand il se produit un drame », explique Patrick Lozès, président de la nouvelle structure et conseiller national de l’Union pour la démocratie française (centre-droit). Contrairement à ce que l’on serait tenté de penser, les récentes émeutes de banlieues ne sont pas à l’origine du Cran. L’idée est née pendant un colloque organisé le 19 février dernier dans le grand amphithéâtre de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Scepticisme et interrogation
Plusieurs personnalités étaient à la tribune, samedi, dont l’ex-porte-parole des Verts Stéphane Pocrain, le chanteur camerounais Manu Dibango, l’ancien président de SOS Racisme Fodé Sylla et la journaliste d’Africa numéro 1 Eugénie Diecky, seule figure féminine. « Le Cran se positionne dans le combat contre les discriminations ethno-raciales et pour le devoir de mémoire », souligne le président du Cran, également à la tête du Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France. Les objectifs du Cran sont d’interpeller les pouvoirs publics, les corps constitués, les partis politiques, les syndicats. « On va discuter avec le Medef (patronat français, ndlr) sur la question de la diversité dans l’entreprise », a indiqué Stéphane Pocrain à l’agence Reuters. Les promoteurs du Conseil représentatif des associations noires ne cachent pas leurs ambitions : ils veulent devenir des interlocuteurs institutionnels.
Il faut attendre de voir quelles seront les actions menées par le Cran et quelles en seront les résultats. Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), explique : « Le combat pour la liberté et l’égalité est indissociable de l’universalité du droit. Il y a un immense danger, celui qu’une revendication légitime soit confinée dans un enfermement communautaire ». Il évoque par ailleurs sa crainte de voir chaque communauté créer sa propre structure antiraciste et de voir ainsi les efforts d’un combat universaliste tomber à l’eau. Faisant part d’un sentiment personnel, Mouloud Aounit conclut : « Les gens peuvent craindre que cette fédération, qui a à sa tête un président membre de l’UDF, soit instrumentalisée à l’aune des élections présidentielles ».
